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Reportage - Kédougou : Dans l'antre des prostituées de Khossanto

Posté par: Cheikhou Aidara| Mardi 23 mai, 2017 15:05  | Consulté 226 fois  |  0 Réactions  |   

 

Depuis la découverte de l'or de Sabodala, la région de Kédougou (Sud-Est du Sénégal) est très convoitée, notamment la commune de Khossanto. Plus de 80 sites d'extraction traditionnelle ont été installés un peu partout et plus de 17 nationalités y vivent. Seneweb vous plonge dans cet univers où la prostitution occupe une place importante. Reportage.

Exploitation aurifère rime avec certaines pratiques comme la traite de personnes et la prostitution. Ce qui est une réalité à Kédougou, notamment dans les sites d'orpaillage traditionnels. C'est le cas de Khossanto, située à plus de 80 Kilomètres de la ville de Kédougou. Cette localité est l'une des plus grands sites d'orpaillage du Sénégal. Vue de loin, elle présente un caractère particulier. Des baraques en bois et paille, de dimensions variables, y sont installées un peu partout. Elles servent à la fois de lieux de travail et de dortoirs. Ici, c'est le business qui est le maître mot. Et tous les moyens sont bons pour avoir de l'argent et survivre. Satisfaire sa libido, n'y est pas difficile. Il suffit pour les hommes de débourser la somme de 2000 francs Cfa pour gouter au plaisir charnel.

Près d'une quarantaine de prostituées

Un bar de fortune, appelé "ghetto des prostituées", sert de lieu de rencontre entre clients et péripatéticiennes. A l'intérieur, près d'une quarantaine de jeunes filles et de jeunes mères y sont assises sur des bancs. Plusieurs nationalités sont représentées, mais la majorité est constituée de nigérianes. Elle se sont cotisées pour fabriquer leur baraque et utilisent des surnoms pour des raisons de sécurité. Ici, les filles sont de tout acabit. Des sveltes à la poitrine nourrie, claires ou noires. Des tailles "coca-cola" aux yeux de biche et au rouge à lèvre très vif. Des "fessues" à la démarche lascive. Il y en a pour tous les goûts. Jupes courtes laissant entrevoir le slip au moindre mouvement. Fentes hautes jusqu'au mont de Venus. Accoutrements serrés épousant les contours du devant et du derrière, les filles aguichent sans gène.

A l'arrivée de l'ambassadrice de bonne volonté de l'Onudc (Office des Nations unies contre la drogue et le crime), Coumba Gawlo Seck et sa délégation, parties à leur rencontre, tous les regards sont tournés vers elles. Un regard de méfiance et de peur. Des murmures retentissent dans le bar. Le patron du bar, un Nigérian, accueille et installe la délégation. La chanteuse prend la parole et rassure les filles qu'elle n'est pas là pour juger qui que se soit, mais pour échanger sur leurs conditions de vie dans ce milieu. Pas de caméras, mais la photo est autorisée.

"Je me prostitue malgré moi"

Coumba Gawlo Seck cherche des volontaires pour témoigner. Personne ne se signale dans un premier temps. Après quelques hésitations, l'une d'elles se lève et prend la parole. Elle se nomme Marie Jane, une jeune femme nigériane. Elle déclare être venue à Khossanto pour faire du business et non de la prostitution. "Je m'appelle Marie Jane. Je suis venue ici pour faire du business. Je vends des aliments venant du Nigéria. Mais je ne me prostitue pas", dit-elle. Une autre Nigériane, répondant au nom d'Aïcha, 24 ans, prend à son tour la parole et s'assume. Elle ne peut supporter cette hypocrisie ambiante. "Je suis orphelin de père. Et quand j'ai été informée que des gens gagnent beaucoup d'argent à Kédougou, j'ai décidé de venir. A mon arrivée, j'ai constaté que la réalité était toute autre. Ce qui m'a poussé à me prostituer. Je veux rentrer chez moi, mais pas avec les mains vides", a-t-elle expliqué. Un témoignage qui a le don de libérer ses autres collègues.

"Je m'offre aux clients pour envoyer de l'argent à mes parents"

"Happiness" (plaisir), une autre Nigériane, assise à quelques mètres d'Aïcha, se lève tranquillement avec une béquille à la main gauche et se dirige vers Coumba Gawlo. "Moi, je suis là depuis 2 ans. Je me prostitue pour avoir de quoi envoyer à mes parents au Nigéria. J'ai un diplôme universitaire, mais je n'ai pas pu trouver du travail chez moi. J'ai fait de la coiffure, mais elle n'apporte pas grande chose au Nigéria. Et je suis l'aînée de ma famille", a révélé la jeune mère nigériane, qui a un problème de motricité avec sa jambe gauche. Elle dit avoir choisi librement de venir à Khossanto et reconnait qu'elle gagne bien sa vie avec la prostitution. Happiness dit qu'elle est prête à abandonner le plus vieux métier du monde, si elle est sûre qu'elle peut gagner de l'argent avec la coiffure.

"Goodnews" (bonne nouvelle), une Nigériane qui vit sur ce site avec son mari depuis un bout de temps, explique que toutes ces filles ont choisi de venir librement à Kédougou pour chercher de l'argent et avoir une vie meilleure. Parce que, chez elles au Nigéria, elles vivaient dans la pauvreté. L'argent qu'elles gagnent est envoyé à leurs parents. Interpellée sur la question des cartes sanitaires, elle renseigne que chaque fille donne 10 000 francs Cfa à la frontière. Et c'est tout.

"Ces filles sont venues ici malgré elles"

Mais selon une source de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), plusieurs filles qui officient à Kédougou sont victimes de la traite des personnes. "Les trafiquants utilisent des méthodes de contrôle pour avoir une emprise sur la victime. Ces méthodes peuvent être mystiques ou liés à une infraction, afin d'empêcher la victime à se libérer d'elle-même", explique notre interlocuteur.

Considéré comme un crime organisé, la traite des personnes est pratiquée par un réseau de trafiquants étrangers composé notamment de Nigérians, ajoute la source. En guise d'exemple, notre source renseigne que cinq cas de traite de personnes ont été identifiés par des Ong. Les auteures de ces infractions, des nigérianes, ont été arrêtées. Elles sont actuellement à la prison de Tambacounda.

A en croire notre interlocuteur, à côté de ce réseau nigérian, il y a aussi d'autres car il y a plus de 17 nationalités qui se réveillent dans les 87 sites d'orpaillage traditionnels à Kédougou. Des sites installés de manière anarchique. Dans chacun, il y a au moins une dizaine de jeunes filles et de femmes prostituées. Puisqu'il y a une demande très forte de prostituées. La croyance populaire voudrait, en effet, qu'il faut être souillé et avoir des rapports sexuels non protégés pour avoir de l'or en abondance.

"La traite des filles dans les sites d'orpaillage est une réalité à Kédougou"

Le Gouverneur de la région de Kédougou, William Manel, reconnait que la traite des filles dans ces sites d'orpaillage est une réalité. Et pour y faire face, il estime qu'il faut de la sensibilisation et de la répression. Malgré des dispositions prises par l'Etat du Sénégal, l'autorité régionale note que la difficulté demeure dans le fait que les victimes ont du mal à se plaindre.

Interpellé sur le contrôle des frontières, William Manel soutient que tous les membres de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest : Ndlr) ont une certaine garantie par rapport à la libre circulation des personnes et des biens. Ce qui fait qu'un Nigérian peut entrer au Sénégal sans grande difficulté. Car, il suffit juste qu'il présente une pièce d'identification. Ce qui constitue, pour lui, une problématique au niveau de la surveillance des frontières.

L'application de la loi dans toute sa rigueur

Face à cette situation, qui est en train de prendre de l'ampleur dans cette région, l'Onudc propose l'application stricte de la loi contre ces trafiquants. Et demande à l'Etat d'être rigoureux au niveau des frontières. Parce que des gens traversent les frontières et entrent au Sénégal comme ils veulent. L'organisation des Nations-Unies demande aussi aux services de la santé d'être rigoureux dans la délivrance des cartes sanitaires aux prostituées.

Cheikhou AIDARA

 L'auteur  Cheikhou Aidara
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